LA PROMESSE

L'HOMME

Cette série, qui s’étend de 2014 à 2015, rassemble la première vague de production de Grégoire Sineau. Emotions primitives, expressions grossières, épaisseurs des traits, Grégoire Sineau les revendique. Outre le désir d’apprendre à maitriser ses nouveaux ustensiles, se réinventer du couteau de cuisine à celui d’artiste, c’est avant tout par la recherche d’une autre réalité qu’il a souhaité donner à ses débuts, une sonorité de vérité, du « vrai ». Grégoire Sineau justifie cette direction en se plaçant dans la posture du spectateur « J’ai voulu aborder la question de la solitude. Ce qui nous ramène profondément à ce que nous sommes, c’est l’art. Quand tu regardes une toile il y a quelque chose qui te rapporte à ce que tu es, à toi-même, ton individualité, ton rôle, ton statut, qui questionne ce que tu es et ce que tu crois être. C’est ça qui m’a plu. C’est ça que j’ai voulu créer en premier contact avec le public : le questionnement. »  Au travers de visages malhabiles aux proportions déséquilibrées, à la laideur affirmée, il puise et épuise la notion de beauté qu’il agrémente de ses couleurs de l’enfance, primaires. Le trait est lourd, le cœur léger. Une libération s’opère. La douceur transperce, outre émotions contradictoires, dans les regards de ces nouveaux objets de contemplation. Qui sont-ils ? L’expressionnisme à l’œuvre nous rappelle les accents de douleur du Cri de Munch, l’esthétique de la laideur de ces visages allongés à l’image de Sylvia Van Harden par Otto Dix, et déjà, les proportions déstabilisantes d’Egon Schiele. Grégoire Sineau, autodidacte et vierge de toute culture artistique, s’inscrit sans le savoir, dans l’héritage d’une lignée d’artistes qu’il rencontrera et apprendra à aimer, par la suite.

 
 

LE DÉSORDRE

De 2015 à 2017, Grégoire Sineau aborde sa période la plus productive, et de facto, la plus intense. Tiraillé par sa condition de jeune homme en proie aux turbulences de l’époque - aussi universelles soient-elles à cet âge de remise en question d’ordre existentialistes, son besoin de s’accomplir, et les préoccupations philosophiques qui fleurissent ou plutôt jonchent le parquet de son esprit libre dans un environnement qu’il ressent étriqué et hostile, Grégoire Sineau affronte par son art, l’expérience de la douleur. C’est une époque de tiraillement, celle du choix. De la confiance en soi, sans cesse bousculée. Comment affirmer un avenir aussi incertain ? C’est aussi celle de la passion, de l’autodestruction, celle des limites, repoussées, embrassées, réappropriées avant d’être abandonnées. Les teintes s’assombrissent, le pourpre épouse le noir, réveillé par le violet, couleur qu’il fait immédiatement sienne. La mort se mêle à l’anxiété, l’avidité interpelle l’individualité, le danger défie le vice, la recherche insuffle l’expérience. Les corps se décharnent, les traits s’affinent, les ombres grandissent, terrifiantes, pour planer, rôder, autour de ce que nous sommes et finalement revenir à l’essentiel : la chair. Le charnel, ici, est abordé dans un contexte défiant toute sensualité. La violence se fait diffuse, éclatante, jaillissante, insidieuse. L’indicible flirte avec la matière. L’émotion à l’œuvre dans cette période dérange, interpelle son spectateur. Une nouvelle fois, Grégoire Sineau entre en communication avec le réel, vous. Votre profonde altérité. Qui êtes-vous ?

 
 

L'ÉQUILIBRE

2018 – à aujourd’hui, ou la recherche de l’apaisement par la quête de l’Équilibre.

« Les pensées sont une fièvre dangereuse et destructrice pour celui qui ne sait les maîtriser. Je cherche à maîtriser mes pensées dans mon art. Je cherche une sérénité dans toute cette excitation. »

Ce long cheminement qui s’est opéré dans l’œuvre de Grégoire Sineau connaît son aube à l’orée d’une lecture, ou plutôt la rencontre avec un chef d’œuvre. Emmanuel Kant, Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolite. La vie n’est-elle pas une question de moments ? Car, c’est dans une disposition particulière que Grégoire Sineau aborde les premières lignes de ce qui deviendra bientôt un objet d’étude, de réflexion et de projections créatives. Comme rassurée par l’atmosphère en devenir, la lumière est venue se manifester sous une autre forme, ce jour-là, dans son atelier. Une vision nébuleuse de rondeurs accueillantes semble laisser présager, à l’image de ses traits, le début d’un printemps. Celui des peuples, très certainement, puisqu’il sera malgré lui et dans la tradition aristotélicienne, éminemment politique. Qui sommes-nous ? Après l’homme, le désordre chaotique de l’esprit humain, Grégoire Sineau laisse place à la visée d’harmonie, substantifique moëlle de notre société, quintessence de notre raison d’être. Comment trouver l’harmonie, l’initier, la préserver ? Comment aborder demain, ensemble ? Plus loin, comment revenir à l’essence de ce que nous sommes : la Terre ? Trois moments. 

 
 

I ·  LA RECHERCHE DE L’ÉQUILIBRE – LA VOLUPTÉ DU DÉSIR, PLAISIR DES SENS ET RÉCONCILIATIONS.

Dans cette série, l’approche technique se met au service d’un rapport au corps en constante évolution. Courbes et membres enlacés, rondeurs et abstraction des membres, hybrides, les teintes employées viennent ouvrir à de nouvelles ombres, lumineuses cette fois. Le vert s’allie bien souvent au bleu et au rose pour former un camaïeu homogène et harmonieux. Les filtres pastel de ces couleurs rehaussées de blanc, transmettent l’idée d’apaisement recherché, tout en restant fidèle à la prédisposition presque naturelle de l’artiste : froideur placide. Quel équilibre trouver en soi, avec soi, par la revendication du désir ?

II ·  LA RECHERCHE DE L’ÉQUILIBRE – AUTRUI, UN AUTRE MOI-MÊME. RENCONTRE AVEC JEAN-PAUL SARTRE, DE L’ACCEPTATION DES INDIVIDUALITÉS À LA CRÉATION D’UN NOUS.

« L’extrémisme nie l’humanité et la conscience de l’Homme. J’ai fait cette toile représentant l’équilibre à l’œuvre dans la différence. Il y a de la jalousie, de l’amour, de la sagesse, de la pudeur et de la luxure qui cohabitent et tendent vers l’harmonie. Pour trouver l’équilibre, il faut des forces opposées qui s’acceptent. Telle est selon moi, une clé de compréhension de la société dans laquelle nous évoluons. » Avec l’Équilibre, débute une réflexion sur le rapport à l’autre dans la vision de Jean-Paul Sartre. Ne sommes-nous finalement pas une multitude d’individualités réfléchissant par mimétisme et constructivisme sur les miroirs de l’autre ? Comment affronter alors la différence, incisive bien que plus discrète dans nos sociétés occidentales contemporaines ? Si l’acceptation d’autrui passe par l’acceptation de soi, quel chemin emprunter alors dans nos communautés d’individus pour accéder à une harmonie de dissemblances et faire reculer, durablement, l’idée d’opposition ? Grégoire Sineau prône dans ses toiles l’idée de respect et de tolérance à propager avant toute chose dans la démarche vers l’autre. Si autrui est un autre moi-même, c’est avant tout de par ses richesses encore inexploitées. L’ouverture se doit alors d’être créé en postulant de la richesse à l’œuvre dans la recherche de l’altérité en soi.

III ·  LA RECHERCHE DE L’ÉQUILIBRE – L’HOMME ET LA MATIÈRE : RETOUR AU SOL, DIALOGUE AVEC LA TERRE ET ODE À LA PERMACULTURE.

« Avons-nous le devoir de l’histoire et de la prospérité humaine ? » demandait Kant. A cette question, Grégoire Sineau lui répond par la toile L'Entourage. L’esprit humain est cadré par la société. Ces cadres tantôt rouges, tantôt jaunes, en sont la représentation. Si l’Homme est bridé par un voile d’ignorance résultant du succès de sa socialisation, il est avant toute chose corps et matière, sortant de la brume, de la Terre, objet offert par la Nature, dont il en est, malgré tout, encore aujourd’hui, un de ses défenseurs. Défenseur symbolique, puisqu’il s’est attribué, autoproclamant sa légitimité, le rôle d’ambassadeur, égérie d’un nouveau siècle. Celui de la destruction. Défendre et détruire, ultime paradoxe de notre siècle, qui semble pourtant ne pas alerter le plus grand nombre. Comment justifier de nos agissements ? Avons-nous seulement perdu notre identité, oubliant de chérir notre berceau pour mieux l’habiller de pierres d’un funeste tombeau, ou bien est-ce là une tentative désespérée de dominer l’indomptable nature ? Si la prospérité humaine semble en effet avoir dicté notre interprétation de l’histoire ces siècles derniers, pour nous dévier d’une trajectoire moins éphémère que celle à défaut empruntée, Grégoire Sineau nous rappelle l’urgence d’un retour à ce que nous sommes en substance : la terre. Tout se passe comme si la quête de l’Équilibre se traduirait avant tout par la reconsidération de notre place dans l’écosystème. Envisager la société par le spectre de la permaculture, en intégrant l’Homme dans cette fabuleuse équation. Dans L'Entourage, l’Homme, perd ses membres pour jaillir de terre, tige vigoureuse, nourrie par ce que nous nous entêtons à détruire. La métamorphose opère, de la fleur en l’anatomie d’apparence humaine, les dos épousent les bustes, pour finir par se tordre et s’enfermer dans un cadre feu, le cloisonnement de l’esprit. Le combat de la survie n’est pas inéluctable. La torsion symbole de l’espoir, de la conscience agitée, rejetant le cadre imposé, en proie à faire évoluer la condition de son apparente fatalité.

 

©2019 by Grégoire Sineau.
Author - Alice Boukouch.
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